Aux origines des ocres

La réputation des ocres du Luberon n’est plus à faire. Les randonneurs, les voyageurs curieux, les habitants de la région connaissent le nom des villages : Roussillon, Gargas, Villars, Rustrel, Gignac et celui de lieux-dits comme le “Colorado” provençal, le cirque de Barriès, les mines de Bruoux. Si c’est au XIXe siècle que l’industrie de l’ocre commence à s’organiser, la question que chacun est en droit de se poser est bien : quelles sont les origines des ocres ?

Les sables ocreux doivent leur origine à un processus géologique complexe. Les régions du Berry, de l'Auxerrois et le département de Vaucluse ont été les principaux lieux français d’exploitation des sables ocreux. Gargas et Rustrel sont les derniers endroits d’extraction.

Si l’origine marine des ocres avait déjà été évoquée, il y a plusieurs siècles, de nombreuses autres hypothèses ont longtemps subsisté. Il a fallu attendre les années 1970 pour avoir la certitude des origines marines des ocres. Les paysages que nous avons

aujourd’hui sous nos regards ne sont pas complètement naturels. Ils proviennent du labeur des générations d’ocriers et ensuite seulement, des effets de l’érosion. L’étude des caractéristiques physiques de l’ocre explique la nature de ses qualités : inaltérabilité et chatoiement exceptionnel des couleurs. C’est entre les Monts du Vaucluse et le Massif du Luberon, qu’apparaissent des affleurements parfois très épais de roches colorées. D’un aspect essentiellement rouge à Roussillon, jaune à Gargas, ces sables prennent à Rustrel une multitude de couleurs.

L’étude de l’origine de ces sables ocreux a donné lieu, depuis l'Antiquité, à plusieurs interprétations. Des équipements modernes comme les micro- scopes électroniques ont apporté la confirmation de l’origine marine des ocres. Les strates obliques ainsi que les marques de terriers fossiles sont des témoins de l'activité dans les fonds marins à l’époque de la transgression du Jurassique. Le lavage a pu provenir de précipitations, avec une circulation verticale des eaux ; la glauconie verdâtre s’aperçoit en couches inférieures. Dans le cas d’une circulation des eaux horizontales et en profondeur, la glauconie qui se situe près de la surface est au-dessus de la couche de sables ocreux. L’altération est dite dans ce cas : “latérale, sous couverture”. Il y a dissolution, recomposition et formation d’une argile stable : la kaolinite. Le fer de la glauconie se transforme en hydroxyde de fer à la couleur jaune. Les éléments ferrugineux sont fixés sur la kaolinite. Une carapace ferrugineuse se forme en surface.

Cela se déroule extrêmement lentement, sous un climat tropical. La pluie provoque par hydrolyse une dissolution des minéraux. Les composants libérés s’assemblent d’une nouvelle façon aboutissant à de l’ocre. L’ocre est ainsi né. Et bien plus tard, “un processus complexe d’altération chimique a permis de créer ce que les hommes ont appelé le “minerai d’ocre”. C’est l’ingéniosité humaine qui a conçu le procédé par lequel on peut séparer le sable “stérile” et l’argile chargée du principe colorant”, explique André Kauffmann, conservateur du Patrimoine du Vaucluse.