50 nuances de rosé

Plébiscité sur les plages de la Méditerranée, comme dans les établissements branchés parisiens ou à la terrasse des restaurants d’altitude dans les Alpes, le rosé est tendance. S’il est indissociable de la Provence au même titre que la lavande, le soleil, la cigale ou le pastis... qu’il a détrôné en tant qu’apéritif préféré des Français selon un récent sondage, le rosé n’est plus seulement synonyme de vacances. Frais et souvent fruité, il se déguste désormais toute l’année, fruit d’un positionnement haut de gamme consécutif à une hausse de la concurrence italienne et surtout espagnole.

Du rose pâle, au rose saumon, de la framboise à la cerise en passant par le rubis ou la teinte grenadine, la palette de couleurs et de saveurs se révèle tout en nuances. Avec l’arrivée des belles journées ensoleillées, les vins rosés font un retour remarqué sur nos tables. Symbole de notre douceur de vivre, le rosé est majoritairement apprécié en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Ile-de-France, talonnées par les Pays de Loire et la Bretagne. Un juste retour des choses puisque le vin rosé est né ici, et sa production remonte aux calendes grecques. Les premières vignes françaises ont en effet été implantées par les Phocéens, fondateurs de Marseille il y a 26 siècles. A l’époque, la culture du vin pratiquée devait certainement produire du rosé, puisque la macération des jus avec les peaux était très peu pratiquée, voire même inconnue. Ainsi, la Provence est bien le plus ancien vignoble français et le premier à avoir produit du vin rosé.

Un vin aujourd’hui “décomplexé”, après avoir longtemps souffert d’une image peu valorisante et qualifié de “vin de soif”, devenu un “Must” des deux côtés de l’Atlantique et même au-delà, à Hong Kong notamment, véritable porte d’entrée du marché chinois. Et si le rosé incarne un certain mode de vie à la française, il doit son style “décontracté chic” moins à l’effet bling-bling du rachat du Château de Miraval par le couple Brad Pitt - Angelina Jolie il y a dix ans, qu’à la qualité du savoir-faire des vignerons français. Première région productrice de rosé (38 % du total national, devant laLoire18%et le Sud-Ouest / Languedoc-Roussillon 17 %), la Provence qui lui consacre 90 % de son vignoble, mise majoritairement sur des vins en appellation d’origine contrôlée. Et cela lui réussit au point de fournir 8 % de la consommation mondiale...

L'anecdote est amusante. Et elle est rapportée par Franck Perroud, sommelier de la Vague d’Or à Saint-Tropez, 3 étoiles au Guide Michelin. “Avant, les gens buvaient le rosé de l’année, avec beaucoup de glaçons, au bord de la piscine. Maintenant, on peut proposer des cinq, six et même dix ans d’âge, il y a une gamme qu’on peut qualifier de gas- tronomique en terme de com- plexité et de savoir-faire. Or, durant ma formation dans les années 1990 à l’Ecole hôtelière de Nice, le rosé n’était même pas évoqué...” Une (r)évolution qui, tout en assouvissant les grandes soifs (développement croissant des conditionnements bag- in-box, démarches marketing autour du “rosé piscine”, “rosé pamplemousse”, “rosé on ice”...), booste le secteur, et particulièrement l’export. Alors, si le vin est une spécialité made in France, le rosé est, lui, une tradition made in Provence. En attestent ses 600 producteurs, ses appellations prestigieuses (Les Baux-de-Provence, Cassis, Coteaux d’Aix-en-Provence, Bandol, Luberon...) et ses 114 millions d’euros de rosé de Provence achetés par les Etats-Unis en 2017, contre à peine 3 millions d’euros en 2008 !

Le rosé, qui séduit toutes les générations en France alors qu’il penche plutôt vers les jeunes ou les anciens suivant les régions du monde, n’est plus une mode. La recette est connue : macération du moût dans une cuve entre 2h et 20h (contre plusieurs jours pour le rouge) à une température entre 16°C à 20°C. Encore fallait-il en faire un best-seller tout en nuances et créer un engouement planétaire, à l’instar de ces blockbusters made in USA qui inondent les salles de cinéma jusqu’à les rendre incontournables.