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Les Alpilles au chevet de Van Gogh

Terre d’accueil du peintre néerlandais de 1889 à 1890, la Provence rend hommage à Vincent van Gogh dans le cadre de la célébration européenne des 125 ans de sa disparition.

Par Anne-Sophie Sourd et Rémi Lacassin 

Top9-2Rien ne prédestinait Vincent Willem van Gogh (prononcez “van Ror”),  né le 30 mars 1853 à Groot-Zundert, dans le Brabant, en Hollande – l’autre pays de la peinture -, à s’installer dans le sud de la France.

Il grandit au sein d’une famille de l’ancienne bourgeoisie. Dans un premier temps, Van Gogh tente de faire carrière comme marchand d’art chez Goupil & Cie. Mais il refuse de voir l’art comme une marchandise et se fait licencier. Il aspire ensuite à devenir pasteur, mais il échoue aux examens de théologie. À l’approche de 1880, il se tourne vers la peinture. Et puis, sa santé fragile l’a conduit le 8 mai 1889 à poser ses valises à Saint-Rémy de Provence, à l’hospice Saint-Paul de Mausole, après s’être coupé l’oreille. Un petit pas pour la médecine, un grand pour la culture… Pensionnaire de l’établissement situé à quelques coups de pinceau du site romain de Glanum, celui dont la majorité des œuvres est aujourd’hui abritée au Musée d’Amsterdam ne sera resté qu’une année au pied des Alpilles (jusqu’au 16 mai 1890).

Le temps de marquer de son empreinte l’histoire de la ville (deux peintres natifs des Pays-Bas exposent aujourd’hui encore dans le centre ancien, Cornélie Revoil et Jan van Naeltwijck) et, surtout, celle de la peinture mondiale avec un grand H.

Top9-1Cent vingt-cinq ans après sa disparition, le programme Van Gogh Europe lui rend hommage des Pays-Bas à la Belgique (la première expo a d’ailleurs débuté à Mons, capitale européenne de la culture 2015), en passant par la France où il est mort le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise, enterré au côté de son frère Théo, marchand d’art. Un épilogue tragique puisqu’il meurt à l’âge de 37 ans, à l’auberge Ravoux, des suites d’une blessure par balle qu’il s’est lui même assénée.

Toutes ces villes, traversées par l’artiste qui y laissa une trace indélébile grâce à ses chefs- d’œuvre, se sont associées pour rendre hommage à l’un des peintres les plus populaires de la planète.

Arles, qui l’a accueilli en février 1888, au 30 rue de la Cavalerie, à l’époque des maisons closes, et surtout Saint-Rémy de Provence seront au cœur de l’événement…

La Cour des Arts et Cyme, deux associations mobilisées

La Cour des Arts de Saint-Rémy de Provence propose une exposition sur le travail de sept étudiants (dont Pauline Tralongo, lauréate de la dernière édition des Rencontres) et deux professeurs des Beaux-Arts d’Avignon sur les traces de Van Gogh. Au mois de décembre, ce petit groupe s’est baladé de la Cité des Papes aux Saintes-Maries de la Mer ; l’idée était de recréer l’itinéraire de l’artiste néerlandais, sans cesse en mouvement. Dessins, aquarelles, photos, gravures… sont à découvrir jusqu’au 7 avril. Autre date à retenir, le 16 mai, pour une lecture des lettres de Van Gogh, mais aussi de Gauguin, au Musée Estrine par le comédien Jean-Pierre De Tugny et Dario Pellegrini (président d’Arts Vivants en Vaucluse), accompagnés d’un contrebassiste, lors de la Nuit des Musées. Cette lecture sera précédée d’un concert de oud à la chapelle Notre-Dame de Pitié… Au mois de juin, Stephan Wojtowicz – déjà nommé aux Molières – et Pan- chika Velez – metteur en scène, pour la Compagnie Arguia Théâtre notamment – viendront bénévolement interpréter quelques-unes des célèbres missives de l’artiste. Enfin, la Cour des Arts – qui fête ses 10 ans avec à sa tête la dynamique Jacqueline Girod – organise sa traditionnelle rencontre internationale d’étudiants en arts plastiques, en juillet, autour du thème “A la source de la lumière de Van Gogh”. Les meilleurs étudiants seront primés aux Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence. Parallèlement, l’association Cyme s’associe à l’année Van Gogh en Provence avec des performances artistiques à découvrir à Saint-Rémy de Provence (où l’association a été créée en 2006), à Arles et à Miramas. C’est là-bas, installés dans une résidence en juillet, qu’une soixantaine de candidats, âgés de 18 à 30 ans et issus de toute l’Europe (ils bénéficient du programme Erasmus + Jeunesse), donneront libre court à leur imagination pour offrir une vision contemporaine de l’univers du peintre néerlandais entre art visuel, peinture, art numérique, sculpture, land art… Une façon d’exprimer leurs “paysages intérieurs”, comme le suggère la présidente Sarah Ellahiani, au sein de Cyme qui favorise la créativité au travers de différentes disciplines telles que le chant, la danse, le théâtre, le jardin, la cuisine…

La Fondation van Gogh à Arles, le trait d’union 

Inaugurée en avril 2014, cette Fondation a pour mission de valoriser l’héritage colossal de Van Gogh, avec sa mise en perspective face aux artistes contemporains. En découle un dialogue riche tourné vers le questionnement, la réflexion et le débat. Du 12 juin au 20 septembre, l’exposition “Les dessins de Van Gogh : influences et innovations” retracera l’œuvre de cet immense artiste venu à la peinture grâce au dessin… Du crayon au pinceau, on découvrira les influences des gravures et des dessins d’autres artistes sur son travail, ainsi que sa propre petite œuvre graphique. Outre un choix représentatif d’une quarantaine de ses dessins et estampes, la Fondation présentera également un éventail d’œuvres qui ont inspiré à la fois ses débuts et son œuvre tardive. Pour rappel, c’est en février 1888 que le peintre néerlandais a quitté Paris (si vous promenez dans la capitale, pensez à visiter la collection du Musée d’Orsay !) pour le Sud où il s’épris des chaudes couleurs de la Provence, immortalisant nos paysages avec émotions. Il y redécouvrit notamment la plume de roseau comme instrument de dessin. A Arles précisément, sa “Maison Jaune” s’imposa très vite comme un incontournable repaire d’artistes ; parmi les plus connus, Gauguin – évidemment ! – dont la passionnante collaboration avec Van Gogh provoqua chez celui-ci d’intenses troubles nerveux qui amenèrent le peintre néerlandais à se mutiler l’oreille, avant de partir à… Saint-Rémy de Provence.